23/11/2013

Quand les lutins se mobilisent...

Noël approchant, les bonnet rouges s'activent. Ce n'est pourtant pas pour fabriquer les cadeaux des enfants sages mais plutôt pour protester contre une réalité beaucoup moins féérique. Suppressions de postes en masse, augmentation des taxes, le secteur de l'agro- alimentaire breton peine à s'adapter à la conjoncture.

L'origine des bonnets rouges


 A l'origine, les bonnets rouges, ce sont les militants du Poher, en Basse Bretagne contre l'augmentation des taxes seigneurales. Cette révolte antifiscale s'était étendue de avril à septembre 1675 sous Louis XIV parallèlement aux manifestations Rennaises contre la taxe sur le papier timbré.  La ré-appropriation de la symbolique des bonnets rouges, fabriqués au passage pour plus de 50 % en Ecosse, c'est Mr Merret qui en est à l'origine. Fervent défenseur de l'agriculture et président de la FDSEA, il ne manque pas une occasion de sortir les poings pour défendre son secteur d'activité, selon le quotidien le Télégramme. Cette réappropriation de l'histoire est critiquée, notamment par trois historiens Alain Croix, André Lespagnol et Fanch Roudaut dans une tribune du Télégramme du vendredi 22 novembre 2013. Le maire de Carhaix, Christian Troadec est également un dirigeant de ce mouvement, et pas des moindres. En effet, il est le créateur du collectif "vivre, décider et travailler en Bretagne". C'est lui qui posa un ultimatum au gouvernement pour la suppression de l'écotaxe, balayant d'un revers de mains toute possibilité de négociations.
Marc Le Fur, unique député UMP des Côtes d'Armor, est certainement le plus réfractaire au projet de mise en place d'une écotaxe. Il l'avait critiqué au sein de l'hémicycle lorsqu'il avait été voté et avait même déposé une proposition de loi allant à l'encontre de cette redevance.


Qu'est-ce que l'écotaxe ?


L'écotaxe est une redevance qui s'appliquera aux agriculteurs et aux 
800 000 camions de plus de 3.5 tonnes, français et étrangers, qui circuleront sur les 15000 kms de réseau routier français. Issue du grenelle de l'environnement de 2009, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, cette taxe applicable au 1er  janvier 2014, coûtera entre 8 et 14 centimes du kilomètre aux entreprises de transport. Le montant sera fonction des itinéraires empruntés et de la catégorie de véhicules empruntés, selon Ecomouv' interrogé par le quotidien le Figaro. Ecomouv' est l'organisme chargé de mettre en place ce projet et dont la part de bénéfice dans ce projet reste très controversée. Dans ce même quotidien, il en explique les objectifs :
"L'un des objectifs de cette taxe est d'inciter les sociétés de transport à se doter de camions plus écologiques, les taxes sont donc calculées aussi en fonction de la catégorie de véhicules utilisés. La taxe, majorée entre 10% et 20% pour les véhicules les plus polluants et minorée de 15% pour les moins polluants", "vise à favoriser les transports de marchandises par voie multimodale".

Les poids lourds assujettis à cette taxe seront dotés d'un boitier GPS permettant de suivre leur itinéraire. Les portiques écotaxe, eux, permettront de vérifier que les poids lourds en sont bien équipés.
La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, craint une répercussion de la hausse des charges opérationnelles sur le prix payé par le consommateur.


"Un assemblage hétéroclite de politiques"

La manifestation à Quimper le 2 novembre 2013  contre l'écotaxe laisse dans les esprits une impression de confusion. Les manifestants sont  à la fois des salariés de l'agro-alimentaire breton venus lutter pour sauvegarder leurs emplois et des patrons pour la pérennité de leurs entreprises. A première vue, même combat, même manifestation. Mais quand on creuse un peu, les raisons de ces difficultés sont totalement différentes et peu liées à la mise en place de la redevance poids lourds.
La filière volaille subit des licenciements économiques massifs et des dépôts de bilans en raison de la suppression de la subvention européenne à l'exportation. L'exportation de produits transformés ne devient plus rentables et c'est tout le système d'agriculture intensive auparavant maintenu par des subventions qui s'effondre. Cet effondrement serait dû à un manque d'anticipation de la part des dirigeants, la suppression de cette aide était annoncée depuis plusieurs années déjà.
Pour la suppression des 889 emplois  chez Gad SAS, le groupe d'abattoirs finistériens, c'est la concurrence étrangère et notamment allemande qui pose problème à la filière porcine. Cependant, les revendications des ex-employés de GAD sont paradoxales. Ils revendiquent la suppression définitive de l'écotaxe qui devrait permettre aux abattoirs locaux de reprendre vie en augmentant le coût de l'exportation d'animaux vivants. Finis donc les porcs produits en Bretagne puis abattus en Allemagne. Leur présence dans ce mouvement, si l'on s'en tient à ce point de vue, reflète la manipulation honteuse des plus démunis par les dirigeants de filière dont l'intérêt se trouve à la délocalisation de l'abattage. Reste le problème de la compétitivité sur le plan international.
Le patronat  de l'agro-alimentaire, lui, vient exiger le retrait de l'écotaxe mise en place par le gouvernement français pour éviter l'engloutissement. En effet, leur pérennité est remise en question à la fois par la diminution des subventions et par les sollicitations financières du gouvernement. Ce sont surement ces derniers qui sont les plus directement concernés par l'écotaxe. Cette fois encore , l'écologie servira de promoteur financier.

 Dans cet "assemblage hétéroclite de politiques", propos du Figaro, le paradoxe est flagrant. Les patrons luttent bras-dessus bras-dessous avec leur anciens salariés, accusant le gouvernement de cette situation.


Le secteur de l'agro-alimentaire breton est d'accord sur un point, ils ne veulent pas d'une taxation sur la circulation au sein de leur territoire. Dommage que les rassemblements organisés ressemblent plus à un mélange sucré-salé ou amer-acide qu'à un plat chaud équilibré .



Fière and Co

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